Home»Business»GBA : les ambitions pour devenir la plus grande zone portuaire mondiale

GBA : les ambitions pour devenir la plus grande zone portuaire mondiale

0
Shares
Pinterest Google+

La Greater Bay Area est aujourd’hui l’un des projets économiques les plus ambitieux de la Chine (et du Monde) et regroupe 11 « méga » villes (les deux régions administratives spéciales de Hong Kong et Macao et neuf municipalités de la province du Guangdong) sur une superficie d’environ 56 110 km², qui compte plus de 87 millions d’habitants.  La GBA s’affirme comme l’un des projets phares de la stratégie chinoise pour le XXIe siècle. Avec plus de 86 millions d’habitants et un PIB comparable à celui d’économies développées comme la Corée du Sud, la GBA nourrit l’ambition de devenir la plus grande zone portuaire et logistique du monde, en capitalisant sur ses terminaux de classe mondiale à Shenzhen, Guangzhou et Hong Kong. Pékin entend y développer massivement les infrastructures de transport, d’énergie et de télécommunications, pour assurer une intégration fluide entre les territoires. L’un des défis majeurs réside dans l’harmonisation économique, réglementaire et fiscale entre des systèmes encore hétérogènes, notamment entre Hong Kong, Macao et la Chine continentale. En rapprochant innovation technologique, finance internationale et puissance industrielle, la GBA veut s’imposer comme un moteur de croissance globale, un hub incontournable reliant l’Asie au reste du monde.

Données économiques récentes
En 2024, le PIB cumulé de la GBA dépasse les RMB 14,5 trillions, soit environ 14 500 milliards de yuans.
Pour le premier semestre 2025, la croissance est de ~ 5 % par rapport à la même période en 2024.
Le PIB agrégé pour H1 2025 atteint 7,2 trillions de yuans, soit un peu plus d’un trillion de dollars US.
Contributions par ville : Shenzhen domine, avec ~ 1,83 trillion RMB sur le semestre; Guangzhou ~ 1,51 trillion, Hong Kong ~ 1,40 trillion. Macao reste modeste en valeur absolue (~178 milliards RMB) mais continue son positionnement dans les services, le tourisme, et les secteurs financiers.

Trafic portuaire & logistique : exemples concrets

  • Shenzhen Port :
    • En 2022, le port a dépassé pour la première fois les 30 millions de TEUs (conteneurs de 20 pieds) de trafic annuel.
    • En 2024, il atteint ~ 33,38 millions de TEUs, soit une croissance de ~11,7 % sur un an.
    • Le port développe des terminaux (Yantian, Dachan Bay, etc.) pour augmenter sa capacité, et renforce ses liaisons mer-rail (inland ports + routes combinées) afin d’alléger les coûts et les délais.
  • Guangzhou :
    • Un plan d’infrastructure de plus de 2 trillions RMB est prévu pour la période du plan quinquennal (2021-2025) pour 300 projets majeurs, y compris l’extension de l’aéroport international de Baiyun et la construction d’un nouveau quai international à Nansha Port.
  • Investissements provinciaux dans le Guangdong :
    • En 2023, la province de Guangdong a planifié 1 000 milliards RMB d’investissements annuels dans les projets clés (fixed asset investment) afin de stimuler l’infrastructure et l’industrie.
    • Le rapport de travail du gouvernement provincial pour 2025 prévoit plus de 1 500 projets provinciaux majeurs, avec un investissement annuel planifié autour de 1 000 milliards RMB dans le Guangdong, pour renforcer transports, autoroutes, voies maritimes, aéroports.

Harmonisation fiscale, logistique, administration

Pour transformer la GBA en région portuaire de dimension mondiale, plusieurs leviers font l’objet de réforme ou de développement :

  1. Programme « Combined Port » :
    Grâce à ce mécanisme, des ports combinés ou routes combinées ont été créés, permettant à des marchandises de passer la douane une seule fois, ou d’utiliser des services partagés de surveillance, d’inspection. Ex : sous ce programme, Shenzhen Port a ouvert plusieurs routes combinées avec d’autres ports de la Delta de la Rivière des Perles, ce qui réduit les délais de transit, les frais administratifs, et le coût logistique.
  2. Projets de liaison physique :
    • Le pont Hong Kong-Zhuhai-Macao (HZMB), en service depuis 2018, permet des connexions routières directes entre ces trois pôles, réduisant fortement les temps de transport.
    • Le lien trans-mers entre Shenzhen et Zhongshan (Shenzhen–Zhongshan Link), qui inclut des ponts, tunnels, îles artificielles, etc., est en construction ou en phase d’achèvement selon les sections.
  3. Incitations fiscales et zones franches :
    • Nansha Comprehensive Bonded Zone (dans Guangzhou) est un exemple : il reçoit des investissements étrangers importants, promeut le commerce transfrontalier, les exportations/importations via e-commerce, etc. En 2024, Nansha a traité ~ 20,49 millions de TEUs de conteneurs.
    • Les politiques visant à raccourcir les délais d’approbation des entreprises (réduction de 90 %+ pour certaines autorisations dans des zones pilotes), soutien pour attirer les talents internationaux, spécialisation dans les industries émergentes (technologie, semi-conducteurs, véhicules NEV = New Energy Vehicles).

Les défis & perspectives

Malgré les avancées, plusieurs obstacles restent à surmonter pour réaliser la vision :

  • Compétition interne : Hong Kong, Macao, et les villes du Guangdong donnent parfois des incitations différentes, sous des régimes réglementaires distincts. Le risque est que les zones se cannibalisent (par exemple, Hong Kong perd du trafic de fret au profit de ports continentaux mieux dotés, moins coûteux).
  • Capacité portuaire & goulets d’étranglement : Bien que Shenzhen et Guangzhou investissent lourdement, les voies d’accès maritimes, les chenaux de navigation, les infrastructures de manutention (berths, grues, entrepôts) devront suivre pour absorber les courants de trafic croissants, surtout avec des navires de taille toujours plus grande.
  • Harmonisation des régimes douaniers et fiscaux : Même si des zones franches et des politiques comme le Combined Port améliorent la fluidité, il reste des différences de taxes, de règlements, de contrôle sanitaire, etc., entre la Chine continentale, Hong Kong et Macao. Pour l’attractivité internationale, la clarté, la stabilité juridique et la moindre friction administrative sont cruciales.
  • Coût environnemental et social : Le développement d’infrastructures massives (ponts, tunnels, élargissement des ports, aéroports, etc.) soulève des enjeux : émissions, protection des côtes & zones marines, gestion des déchets, déplacement des populations, etc.

Horizon 2030-2035

Si les trajectoires actuelles se maintiennent, voici ce qu’on peut raisonnablement attendre vers 2030-2035 :

-La GBA pourrait être le premier ensemble portuaire mondial en termes de tonnage total de fret + conteneurs, dépassant de nombreux hubs concurrents (comme certains ports de la côte américaine, ports de l’Asie du Sud-Est).

-Les villes les plus avancées (Shenzhen, Guangzhou, Hong Kong) devraient devenir de véritables « hubs intégrés » : non seulement port & fret, mais aussi services financiers, innovation, R&D, logistique de bout en bout, e-commerce transfrontalier, aviation.

-Le PIB global dépassera très probablement les 20 trillions de RMB (ou équivalent en devises fortes) et le per capita pourrait continuer à monter fortement, surtout dans les villes technologiques.

L’harmonisation des politiques fiscales, commerciales et logistiques restera un facteur clé pour assurer que les gains d’efficacité et de compétitivité ne soient pas grignotés par des frictions administratives ou réglementaires.

Analyse comparative :

Singapour et Rotterdam

  • La GBA consolidé représente un volume combiné très élevé : ~72,7 M TEU en 2024) qui se situe nettement au-dessus d’un hub isolé comme Singapour (≈41 M) ou Rotterdam (≈13,8 M). C’est un atout pour prétendre au rôle de plus grand cluster portuaire mondial si l’intégration logistique et réglementaire se poursuit.

Synergies des Infrastructures

  • Avantage multiplicateur : la force de la GBA tient à la combinaison : ports côtiers puissants + hubs financiers (Hong Kong) + pôle techno (Shenzhen) + industrie/manufacture (Guangzhou/Dongguan). L’enjeu est de réduire les frictions (douanes, transbordements, fiscalité) pour transformer capacité en compétitivité réelle.

Energies durables et RSE

  • Concurrence en durabilité et services avancés : Singapour et Rotterdam se différencient par des programmes structurés de décarbonation et d’infrastructures énergétiques (hydrogène, biocarburants). Pour rester leader, la GBA devra accélérer ses investissements « verts » (hydrogène, carburants marins alternatifs, corridors électriques) et la transparence RSE.

Risques opérationnels

  • Compétition entre terminaux (Hong Kong vs Shenzhen/Guangzhou), goulets d’étranglement sur accès terrestres et capacité de manutention, et besoin d’harmonisation réglementaire (HK/Macao vs continent).

Cet article a été publié le 4 octobre 2025.

Previous post

The Peninsula Hong Kong nomme Vincent Pimont nouveau DG

Next post

Vitalie Taittinger nous raconte l'histoire de la Maison Taittinger